Alice, Dodo, Thé

Immortalisation

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Alice au pays des merveilles est un livre qui immortalise. On l’a déjà vu avec l’heure du thé qui accède au rang de mythe. Accéder au rang de mythe, c’est être immortalisé, vous en conviendrez. Mais immortaliser, c’est aussi se souvenir à jamais. De quoi se souvient-on à jamais grâce à ce livre ?

À jamais dans nos mémoires

Dans Alice au pays des merveilles, un animal est immortalisé : le Dodo. Le Dodo est un animal originaire d’un des archipels de l’île Maurice et c’est un animal qui a complètement disparu à l’heure où Lewis Carroll écrit son livre. Le dernier spécimen est mort aux alentours de l’année 1681. Pour l’immortaliser, les habitants de l’île Maurice ont fait des sculptures, des dessins, des reconstitutions. Lewis Carroll l’immortalise à sa manière, en en faisant un personnage incontournable de son histoire. Il le fait vivre et lui attribue des caractéristiques bien à lui : on comprend que le Dodo ne peut pas voler et que c’est un animal gentil. Lewis Carroll en fait donc un portrait fidèle et tous ceux qui ont lu l’histoire d’Alice se souviennent forcément de ce personnage un peu énigmatique. Mais ce n’est pas le seul personnage immortalisé dans cette histoire et vous allez comprendre qu’il y a une double immortalisation. Notre auteur, Lewis Carroll, s’est lui-même immortalisé sous les traits du Dodo. Mais il ne s’immortalise pas sous son nom d’auteur. Il immortalise son nom civil, qui était peut-être beaucoup moins connu que son nom d’auteur. Le nom Dodo renvoie à son vrai nom Dodgson et est une allusion à son bégaiement. Lewis Carroll a donc choisi d’apparaître dans l’histoire sous sa vraie identité, doublement cachée. Cachée par son nom d’auteur et cachée derrière le nom Dodo. Dans l’histoire, le Dodo trace un cercle au sol et donne une solution géométrique à un problème moral : trouver une solution qui convient à tous. C’est aussi une allusion à sa véritable identité : Lewis Carroll était mathématicien dans la vraie vie.

Dans la lignée de Shakespeare

Le mathématicien Dodgson s’immortalise sous les traits du Dodo. S’il choisit d’immortaliser son vrai nom, c’est peut-être parce que son nom d’auteur n’a pas besoin de ce coup de pouce. Même s’il n’immortalise pas son nom d’auteur, il s’immortalise malgré tout en tant qu’auteur. Un détail ne trompe pas. Le Dodo prend la même attitude que Shakespeare, mettant un doigt sur le côté de son front en signe de réflexion. Le Dodo est shakespearien, le Dodo est tel un Shakespeare. Cette reprise est comme un fil conducteur qui nous met sur la piste d’un écrivain. Lewis Carroll ne se cache pas vraiment, il est bel et bien là.

Le Dodo immortalisé, c’est Dodgson qui est immortalisé.

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