Les humeurs
Sans commencement
Alice arrive au pays des merveilles. Faut-il comprendre qu’il s’agit d’un pays merveilleux ? Sans doute pas au sens premier du terme. Ce pays n’est ni simple, ni facilement compréhensible, il cause de nombreux tourments à Alice. Les personnages qu’elle y rencontre sont bizarres et la mettent constamment en difficulté. Pourquoi alors les qualifier de « merveilles » ? Sans doute parce que ce terme revêt une signification particulière depuis le Moyen-Age.
Le Moyen-Age
La littérature du Moyen Âge parle de faits, d’événements, de lieux, de personnes qui relèvent du prodige, du surnaturel et du miracle. Ces « merveilles » se caractérisent par deux paramètres essentiels : ils sont l’Ailleurs et ils sont l’Autre. C’est là le lien entre les « merveilles » du Moyen Âge et les « merveilles » que rencontre Alice. La fillette est dans l’Ailleurs parce qu’elle est sous terre, tombée dans le terrier du Lapin. Elle rencontre l’Autre, des personnages tout aussi impossibles que leurs agissements dans le monde connu. Souvenons-nous que le Chat disparaît lentement en commençant par la queue et en laissant derrière lui son sourire. Souvenons-nous que la Souris connaît l’histoire de l’Angleterre sur le bout des pattes. Souvenons-nous que la Chenille est philosophe et qu’elle fume le houka sur son champignon. Ces merveilles sont des personnages aux comportements étonnants, jamais vus. Elles font parfois penser aux « merveilles » décrites par Marco Polo dans le Devisement du monde.
