Alice, Chat, Griffon et Tortue, Souris

Les appendices caudaux

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La littérature n’a pas pour habitude de jeter son dévolu sur les queues des animaux. Par certains aspects, c’est un tantinet vulgaire. C’est donc rarement un sujet pour elle. La poésie le retient d’autant moins. Et pourtant, vous allez voir que sans le vouloir, Alice va en faire la forme d’un récit. Oui, oui, vous avez bien entendu, la forme d’un récit !

Vers, pieds et queues

Alice demande à la souris de lui raconter son histoire, celle qui explique sa haine pour les ch… et les ch…. On ne prononce pas leurs noms par respect pour la souris, si elle les entend elle va encore vouloir s’enfuir. La souris commence par une remarque générale, indiquant que ce récit sera triste et long. Alice se méprend et pense qu’elle vient de lui parler de sa queue. La petite fille porte alors son attention sur l’appendice caudal du rongeur tout en écoutant le récit. Ce qu’elle voit et ce qu’elle entend se mélangent dans sa tête. On voit sous nos yeux se dessiner le résultat de ce mélange. Le récit se transforme. Les mots sont ceux prononcés par la souris, mais ils dessinent une queue de souris ! On pense tout de suite aux calligrammes, ces belles lettres ! Or le récit parle d’un ch… qui veut donner la mort à une souris. On comprend que forme et fond peuvent maintenant avoir un sens commun : la queue est la fin du corps de la souris et le récit annonce aussi la fin de la souris. Avec cette forme inattendue, ce récit est doublement parlant. Ce qui est drôle c’est qu’en poésie, on parle souvent de vers ou de pieds. Les deux peuvent faire penser à un animal et à une partie d’un corps. Ici, on a une nouvelle rythmique, la queue. À l’origine de tout cela, il y a la similitude des mots anglais « tail» et «tale». La queue et le récit se ressemblent tellement qu’ils ont fusionné.

Début ou fin ?

Quand on parle de queue, on associe généralement l’image à une fin. La queue de la souris, c’est la fin du corps de la souris. On retrouve cette idée avec la Tortue qui a une queue d’emprunt. Celle-ci a la valeur d’une extrémité, au même titre que ses pieds ou sa tête. Et pourtant, au pays des merveilles, c’est par là que parfois les choses commencent. Prenons l’exemple du Chat du Cheshire. Pour plaire à Alice, c’est par là qu’il entreprend de disparaître. Donc vous voyez que par la queue, on peut commencer. Mais ce n’est pas tout. Le pays des merveilles peut approfondir la démonstration. La Reine est à la tête du royaume, vous en conviendrez. Mais elle se retrouve à la queue du cortège. C’est tout de même chose singulière. Et donc ce qui est en tête peut se retrouver en queue. Voilà qui nous rassure. Si ce qui est en tête est coupé du début, qu’il se raccroche à la fin. Mais ce n’est pas tout, nous n’avons pas encore touché à l’essentiel de la question. Une queue peut aussi se retrouver coincée dans une tête et dans ce cas, queue et tête sont indissociables. Autant dire que début et fin ne sont plus distinguables. Comme nous l’explique la Tortue, c’est le cas particulier du Merlan. Celui-ci a la queue dans la bouche. Le Griffon explique que les merlans voulaient aller danser avec les homards. Ils ont été jetés à la mer et se faisant, ont mis leur queue dans leur bouche. Impossible désormais de les en retirer. Alors vous voyez qu’il est bien difficile de dire de manière péremptoire qu’une queue est une fin. Ce n’est vrai que dans une vision linéaire des choses, mais si la queue rejoint la tête, alors se forme une sorte de cercle. On a alors une unité sans début ni fin. Celui qui se mord la queue, comme le fait le Merlan, voit bien que sa fin peut très bien s’imbriquer dans son début. 

1. Qui sont les ch… et les ch… ?

 
 


Le Chat du Cheshire va commencer sa disparition par la queue.

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