Trop d'imagination
L'innocence d'Alice
Alice fait des rencontres. C’est l’occasion de dialoguer. En soi, c’est facile. Il suffit d’écouter et de comprendre ce que dit l’autre. Ensuite, il faut lui répondre quelque chose qui est en accord avec ce qui vient d’être dit. Alice le sait très bien. Elle nous le prouve d’ailleurs au moment où elle veut parler avec le chat du Cheshire. Elle prend la précaution d’attendre que les oreilles et la bouche du chat soient apparues. Elle sait que si l’une ou l’autre de ces conditions ne sont pas réunies, le dialogue sera impossible. Par contre, elle a peut-être moins conscience d’une autre difficulté : que se passe-t-il si l’on confond deux mots de même son ?
Ils sont fous ces dialogues !
Plusieurs dialogues deviennent complètement fous. On s’en aperçoit une première fois lorsqu’Alice parle avec la souris. La petite fille demande à la souris de lui raconter son histoire pour comprendre enfin pourquoi elle hait les chats. Cette dernière répond par une phrase hésitante, qui commence par « C’est que… ». Alice rebondit sur ce que vient de dire la souris, en reprenant le mot « queue ». À ce moment-là, Alice vient de perdre le fil logique de la discussion. Elle n’a pas compris le sens de la phrase de la souris, car elle se méprend sur l’un des mots prononcés par l’animal. La souris continue à parler, mais Alice est perdue. Il y a un quiproquo. Tout s’embrouille. Quel a été le problème ? Alice a bien entendu le mot prononcé par la souris, mais elle l’a confondu avec un autre de même son. C’est le problème des homophones. Elle se méprend littéralement. Au sens propre, on ne peut pas dire que nous avons assisté à un dialogue de sourds, car Alice a bien entendu le mot. Elle n’est pas sourde. Mais par contre, au sens figuré, il s’agit bien d’un dialogue de sourds, car Alice n’a pas entendu le sens. Le comble, c’est que l’enfant s’aperçoit que ce qu’elle a compris ne fait pas sens. Elle se creuse alors la tête pour comprendre où est le problème, mais ce faisant, elle ne réussit plus à comprendre les paroles de la souris. Jusque là, on pouvait penser que dialoguer c’est facile, mais on s’aperçoit maintenant que c’est beaucoup plus compliqué que cela. Dialoguer, c’est écouter avant tout. Il faut éviter d’être sourd d’esprit.
