Du style
Les appendices caudaux
La Grenouille quitte son poste après avoir réceptionné la lettre envoyée par la Reine à la Duchesse. On en connait le contenu. Il s’agit d’une invitation de la Reine. C’est le Poisson-laquais qui l’a dit et c’est la Grenouille-laquais qui l’a répété. Elle a inversé le message, mais ça veut dire la même chose. Finalement, la lettre n’a pas été ouverte et elle n’a pas non plus été transmise à la Duchesse. Mais tout cela importe peu. La Grenouille a tout simplement décidé de s’installer sur le pas de la porte et de n’en plus bouger. C’est un acte d’une grande force. Mais que veut-il dire profondément ?
Laissez-les s’entretuer
La Grenouille n’ouvre plus la porte. Elle ne la referme plus non plus. Elle est hors de la maison et elle vient délibérément de quitter ses fonctions. On ne sait pas précisément si elle compte les reprendre un jour. Dans son costume, elle était droite et galbée. On la voit maintenant s’avachir au sol, comme une grenouille sur un nénuphar. En toute logique, plus personne ne peut plus ni entrer ni sortir de cette maison, car la seule personne qui était responsable de la porte c’était la Grenouille. La première conséquence c’est que les personnes qui sont à l’intérieur sont comme en prison. La deuxième conséquence c’est qu’Alice ne pourra pas entrer dans la maison. S’il n’y a personne pour ouvrir, impossible d’entrer. La Grenouille a-t-elle vraiment conscience de tout cela ? Peut-on considérer cela comme un acte de bienveillance ou de malveillance ? La Grenouille précise à Alice qu’il y a tellement de bruit à l’intérieur de la maison qu’il est inutile qu’elle frappe. Elle sait ce qui se trame. C’est peut-être un début d’explication. Et si la Grenouille avait décidé de laisser les habitants de la maison régler leurs comptes entre eux ? Et si elle était décidée à ce que plus personne n’entre non plus ? Vous ne trouvez pas que son acte ressemble fort à de la résistance passive ? C’est une manière de se comporter selon laquelle on ne fait rien. Ne faisant rien, on empêche quelqu’un d’autre d’obtenir ou de pouvoir faire ce qu’il veut. La Grenouille ne lèvera pas le petit doigt pour ouvrir à Alice. Elle précise qu’elle compte rester comme cela plusieurs jours. C’est alors qu’un objet lancé de l’intérieur de la maison vient percuter le haut de la tête de la Grenouille. La porte se serait-elle ouverte toute seule ? Mais alors, la voilà la solution. La porte peut s’ouvrir sans que ce soit la Grenouille qui l’ouvre. Alice finit par trouver l’astuce. Elle ouvre directement la porte et entre dans la pièce. Finalement, on comprend qu’on n’est jamais mieux servi que par soi-même.
