Le chat du Cheshire disparaît progressivement, en commençant par la queue. Son corps puis sa tête disparaissent et, pour finir, ne reste que son sourire, sourire qui reste bien visible pendant un certain temps. Ce phénomène visuel trouve son pendant dans la langue, on l’appelle « apocope ». Une apocope est la perte de la fin d’un mot et, par la suite, l’allongement du début de ce même mot. Perte de la queue du chat, il ne reste que le sourire, longtemps isolé.

« Much be-etter! Be-etter! Be-e-e-etter! Be-e-ehh! »

De l’autre côté du miroir, on trouve une apocope célèbre. « Much be-etter! Be-etter! Be-e-e-etter! Be-e-ehh! » Ce sont les derniers mots de la Reine blanche au moment où elle se transforme en brebis. Le « be-e-ehh » peut bien sûr être considéré comme le bêlement de la brebis, mais comment ne pas y voir l’abeille ? C’est déroutant, mais tout ceci a peut-être une explication. On avait bien remarqué que la Reine blanche avait une coiffure qui s’appelle une « ruche », « beehive ». On avait aussi remarqué qu’elle avait perdu son peigne et sa brosse. C’est Alice qui retrouve la brosse dans sa coiffure, autrement dit dans la ruche. L’allusion est évidente. Peigne et brosse sont certes des instruments de coiffure, mais ils sont également les instruments de l’apiculteur qui les utilise pour récolter le miel et le nectar. De plus, le châle de la Reine s’était envolé, pouvant faire allusion au vol d’une nuée d’abeilles. Alice rapporte son châle à la Reine, comme si Alice, en lieu et place de Lily, venait jusqu’à la ruche. Comme si la fleur venait à la ruche. Dans la boutique de la brebis, on aperçoit au premier plan un soufflet qui pourrait faire penser au soufflet que les apiculteurs utilisent pour apaiser les abeilles. Toutes ces coïncidences n’en sont pas. On peut considérer que la reine blanche, comme reine des abeilles, s’est transformée en brebis, faisant de ces deux personnages une seule et même personne.

La Reine de la ruche avec des fleurs sur ses chaussures.

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