Alice, Chat, Roi

Liberté fondamentale

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Le chat regarde le roi. Apparu dans le ciel, il domine tout le monde. En vérité, ce chat regarde toute l’assemblée réunie pour le jeu de croquet. Alice est contente de le voir. Il lui avait promis qu’elle le verrait, il a tenu sa promesse. Elle le considère désormais comme son ami et se plait à discuter avec lui. Mais le roi trouve ce chat bizarre. Quel est ce sentiment étrange qui tout d’un coup parcourt le roi et qu’il est apparemment le seul à éprouver ? 

L’offense

Le roi se sent offensé. Il n’accepte pas que ce chat prenne la liberté de le regarder. On comprend qu’il se sent toisé, bizarre non ? Ce qui le gêne, c’est la position et l’attitude de l’animal. De quel droit cet animal le regarde-t-il, par en haut de surcroit ? De quel droit le met-il dans une position d’infériorité ? Le roi est au-dessus de tous, il n’est pas dit qu’on lui tiendra tête. Malheur à celui qui remettra en question sa toute-puissance. Alice se hasarde tout de même à dire qu’elle a déjà vu, quelque part dans un livre, qu’un chat pouvait bien regarder un roi. Elle cite de mémoire : « A cat May look at a king. » Si cela a été dit quelque part, est-ce que ça ne légitimerait pas un peu l’attitude du chat ? Tout dépend. Cette phrase a-t-elle vraiment été écrite quelque part ? Par qui et de quoi s’agit-il ? Après quelques recherches, on apprend qu’il s’agit d’un proverbe écrit par un auteur inconnu. On peut supposer qu’Alice a déjà lu un livre qui contient des proverbes, peut-être même qu’on lui en a fait apprendre par cœur, qui sait ? Mais alors, en quoi ce proverbe légitimerait l’attitude du chat ? Ce serait parce que le proverbe le dit que le chat se permettrait de le faire ? Les proverbes ont-ils autant de pouvoir ? Peut-être bien, mais on ne peut pas l’affirmer non plus. En tout cas, c’est parce que le proverbe le dit que le pays des merveilles le fait. Mettre en scène les images du langage est une attitude récurrente de ce pays, on l’a bien compris. C’est Alice qui fait le lien entre ce qu’elle a devant les yeux et son origine dans le langage. Ce que l’on peut dire, c’est que la situation est assez extravagante. Tout vient du fait que le pays des merveilles prend l’expression au pied de la lettre. On perd donc clairement l’intention du proverbe qui voulait dire qu’un être d’un statut social inférieur a quand même des droits. Le roi se sent extrêmement offensé, c’est le drame. Qu’on se le dise : le pays des merveilles joue avec le langage et se plaît à dissocier le sens propre et le sens figuré, la lettre et l’esprit. Il aime bien dissocier les corps et les têtes aussi. Tout cela est un jeu. 

Le chat regarde le roi, il ne fait rien de mal.

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