Alice, Pays

Perdre pieds

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Alice ne perd jamais pied. Elle ne perd jamais sa contenance. Lorsqu’elle tombe dans le terrier du Lapin, elle est encore capable de faire la révérence. Lorsqu’elle perd sa taille normale, elle ne sait plus vraiment qui elle est. Elle avoue que ça la perturbe un peu, mais pas au point d’être complètement décontenancée. Même lorsqu’elle perd ses pieds de vue, elle reste optimiste et on peut considérer qu’elle a encore la tête sur les épaules. 

Chuter

Alice ne perd jamais pied, sauf bien sûr quand elle perd pied. Et cela arrive quand même à de nombreuses reprises. La première fois, c’est quand elle chute dans le terrier du Lapin. Le sol se dérobe sous ses pieds, elle perd le contact avec le sol. La deuxième fois, c’est lorsqu’elle tombe dans la mare de ses larmes. Elle vient de glisser. Maintenant que nous avons rétabli les faits, voyons ce qui arrive quand elle perd ses pieds. 

Ici et ailleurs

Alice a tellement grandi qu’elle perd le contact avec ses pieds. Ils sont tellement loin maintenant, impossible de les joindre avec ses mains. Elle ne peut plus les toucher, elle les voit à peine. Elle doit leur dire adieu ! Par la même occasion, elle leur invente une adresse postale. C’est pratique de leur attribuer une adresse. Comme ça, elle va pouvoir leur écrire. On ne sait pas si ses pieds savent lire. Peu importe, il faudra qu’ils apprennent. De toute façon, il parait impossible de les joindre autrement. On comprend que ses pieds sont désormais ailleurs. C’est troublant. Normalement, les pieds sont toujours ici parce qu’on définit toujours l’ici par l’emplacement de nos pieds. Tout cela est fort dommage, car malgré tout, ses pieds font encore partie de son corps. Il ne s’agit pas d’un morcellement. C’est comme s’ils étaient coupés du corps sans en être coupés. Un joli paradoxe. Ils sont juste à l’extrême bout (comme d’habitude me direz-vous !). Ce bout se trouve maintenant tout simplement beaucoup trop loin. Un bout ne peut plus rejoindre l’autre, ses bras ne sont pas assez grands. La tête pensante, à l’une des extrémités, doit dire adieu aux pieds qui se trouvent à l’autre extrémité. On est dans une situation inverse de celle de l’Ourobouros égyptien, le serpent qui se mord la queue. Une réunification physique des deux extrémités, par le toucher, est impossible. C’est donc par la pensée que le lien devra désormais se faire, par l’envoi de lettres. Vous voyez qu’on ne peut pas dire qu’au pays des merveilles toutes les choses n’ont plus ni queue ni tête, même si c’est vrai pour certaines. Dans le cas présent, nous avons plutôt des pieds qui se perdent. Alors, n’allez pas croire que l’on perd forcément la tête au pays des merveilles. On peut aussi y perdre les pieds.

 

Où sont les pieds d’Alice ? Quelle est leur adresse ?

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