Le Dodo aime la géométrie
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Deux livres : Alice au pays des merveilles et De l’autre côté du miroir. Deux passages dans un autre monde. Dans le premier livre, Alice tombe dans le terrier du Lapin et se retrouve au pays des merveilles. Dans le deuxième livre, Alice passe à travers le miroir et se retrouve dans un autre monde, à nouveau très étrange.
C’est important l’imagination ?
Les scénarios du début de ces deux livres sont assez identiques. Alice souhaite chaque fois accéder à des images. Dans le premier cas, on comprend qu’elle s’ennuie et qu’elle a besoin de distraction. Dans le deuxième cas, elle comprend intuitivement que le miroir ne lui renvoie pas tout ce qu’il serait possible de voir. Le miroir recèlerait plus qu’un simple reflet… Pour voir malgré tout, il faut accéder à l’intérieur du miroir, car ce plus serait dans l’image, mais derrière le miroir. Dans Alice au pays des merveilles, elle demande à ce qu’on lui envoie des images distrayantes et dans De l’autre côté du miroir, elle demande à voir plus que ce qui lui est permis. Il s’agit à chaque fois d’un besoin d’images. Dans le premier livre, elle se laisse emmener par la première image distrayante qui passe, c’est-à-dire le Lapin. Ça l’emmène vers encore beaucoup plus d’images, le pays des merveilles. Dans le deuxième livre, elle a déjà une idée de l’invisible, qu’elle ressent comme inaccessible. Elle vit cette situation comme une frustration. Cet invisible c’est autant de choses qu’elle ne peut pas voir, mais qu’elle ressent pourtant comme existantes. L’entrée réelle dans l’imaginaire a lieu à chaque fois grâce à un passage, une longue chute qui s’avère indolore ou une traversée improbable et pourtant assez facile. À chaque fois, elle obtient des images et des dialogues, donc elle rentre dans des mondes animés. Ce sont de nouveaux mondes, bien distincts du monde dans lequel elle vit, c’est pour cela qu’un passage est nécessaire pour y accéder. On comprend que ce besoin d’images est une soif, un moteur et un irrésistible attrait. C’est aussi une vraie quête. Alice ne revient jamais en arrière, elle rencontre des personnages différents à chaque fois, car l’imagination en veut toujours plus et ne fonctionne que sur le principe de la création. Ça ne s’arrête jamais, car les potentiels de l’imaginaire sont par nature infinis. Il y a une leçon à tirer de tout cela : ces deux incipits nous permettent de mesurer l’importance capitale de l’imagination pour les enfants.
