Décapité
Changement de paradigme
La Reine rouge court contre l’espace. Elle explique qu’elle doit courir si elle veut rester à la même place parce qu’elle se trouve dans un monde qui va vite. Du jamais vu ! Pour ne pas perdre sa place, la Reine serait donc obligée de courir à contre-courant… contre le courant du monde qui, de toute évidence, ne va pas dans son sens – à l’image du temps qui fuit. Suprême effort !
Allégorie
Cette course contre l’espace, pour rester à la même place, est sans doute une allégorie. L’allégorie de la vie d’une Reine qui cherche à tout prix à garder sa couronne. Le maintien de ce statut s’apparente peut-être à une course au long court. Dans le jeu d’échecs, si la Reine veut se maintenir en place, elle doit se déplacer rapidement. Voilà toute l’ironie de son sort : se déplacer à tout prix pour rester en place.
Le pied à l’étrier
Dans sa course, la Reine rouge entraîne Alice. Cela nous rappelle le Lapin qui courait contre le temps. Ces deux-là, entraînant Alice dans leur course, la précipitent vers son destin. Dans l’un et l’autre cas, il y a une « humanisation » de l’espace et du temps, comme si ces deux paramètres étaient « actifs ». Pourtant, la Reine rouge mesure les carrés du jeu d’échecs, laissant supposer qu’elle ne connait pas leur mesure exacte et rappelant indirectement que l’espace est « fixe ». Les courses respectives de ces deux éminents protagonistes ont des buts inverses : la Reine rouge veut apparemment rester à sa place quand le Lapin, lui, aurait toujours besoin d’être ailleurs. Dans Alice au pays des merveilles, le Lapin court contre le temps. C’est la Duchesse qui évoque un monde qui va vite et qui tournerait encore plus vite si tout le monde s’occupait de ce qui le regarde. Ceux qui la connaissent savent qu’elle n’a de cesse de créer des « morales » qui s’occupent de tout et n’importe quoi. On peut donc penser qu’elle participe activement au ralentissement du monde. De l’autre côté du miroir, la Reine rouge court contre l’espace, ce qui ne l’empêche pas de le mesurer pour savoir quelle distance elle devra parcourir pour partir. Et c’est le Roi blanc, par ses écrits, qui se bat contre l’oubli du temps qui passe.
