Le Jabberwocky est fascinant parce qu’il est écrit à l’envers. Il est fascinant parce qu’il est énigmatique, incompréhensible, entouré de mystères. Il fascine par ses « mots-valises » expliqués et interprétés de manière bien libre par Humpty Dumpty. La version qu’en donne ce dernier est d’ailleurs assez éloignée de l’image première qu’en donnait John Tenniel. Il fascine à plus d’un titre, à tous les sens de ce mot, nous allons nous en rendre compte. 

Le mauvais œil 

Dans ce texte fascinant, un personnage fascine. Il s’agit du Jabberwocky. Le fond fait écho à la forme… le sens figuré rencontre le sens propre. On a là une mise en abime qui repose sur la polysémie du verbe fasciner. En effet, le texte dit que des rayons de lumière sortent des yeux du monstre. Cela rappelle un fait bien connu au Moyen Âge : la fascination. Il s’agissait d’une nuisance qui sortait de l’œil et qui permettait de fasciner quelqu’un – fascinare -, autrement dit de lui porter le « mauvais œil ». Ce rayon du regard est attesté de nombreuses fois dans les textes médiévaux. Ceux-ci rapportaient que le regard pouvait détruire et certains parlaient des vetula fascinatrices, ces vieilles femmes qui jetaient le mauvais œil sur de jeunes enfants. On peut noter que, dans le Jabberwocky c’est le jeune enfant, armé d’une épée, qui tue et décapite le monstre fascinant. Il s’agit d’un retournement de situation par rapport aux histoires de vetula fascinatrices qui avaient tout pouvoir sur l’enfant qu’elles regardaient. 

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