Les roses
L'heure du thé, un mythe
Alice tombe dans le terrier du Lapin. Elle vient de perdre pied, mais elle ne tombe pas dans l’effroi, juste dans le vide. Elle se raccroche encore à ce qu’elle peut. Mais à quoi peut-on bien se raccrocher quand on tombe dans le vide ? À ses connaissances pardi ! Alice est une petite fille instruite. Elle met immédiatement à profit tout ce qui lui passe par la tête.
Le savoir en miettes
Alice chute et tout un tas d’idées lui passent par la tête. Elle sait qu’elle se dirige sans doute vers le centre de la Terre. Elle en évalue la distance et se pose même des questions de longitude et de latitude. Le narrateur prétend qu’elle ne sait pas vraiment de quoi il s’agit et qu’elle se plaît surtout à utiliser des mots qui en imposent. On peut dire malgré tout que ces mots sont bien choisis et on peut admirer sa formation. À l’école, Alice a acquis de solides connaissances en géographie. C’est normal : la géographie compte au nombre des matières qui sont enseignées aux petites filles de l’époque. Mais la situation est telle que le savoir laisse immédiatement place à l’imagination. Chez quel peuple va-t-elle atterrir ? Elle se dit que ce seront peut-être les « antipathes », ceux qui habitent aux antipodes. Elle a un doute. Elle pense que ce n’est pas le mot juste. Dans un sens elle a raison, car ce mot n’existe pas, c’est une invention de sa part. D’un autre côté, ce mot annonce ce qui va réellement suivre. C’est donc le point de bascule. On vient de passer, par le biais du langage, du savoir et de la logique traditionnelle à l’invention. C’est le début de l’histoire incroyable qui va suivre et qui va se baser sur des jeux inouïs avec le langage. L’originale sympathie du pays des merveilles va commencer à opérer. Alice va dans le même temps commencer à faire l’expérience de l’oubli. C’est normal : quand on tombe dans un puits, on sombre dans l’oubli. Elle va s’apercevoir que tout son savoir se délite, que tout est mélangé et en désordre dans sa tête. Même ses phrases auront l’air bizarres. « De plus en plus pire ! », dira-t-elle dès le début du chapitre deux. Ce « Curiouser and curiouser » est un bel annonciateur des futures péripéties.
