Les personnages du pays des merveilles s’intéressent à Alice à leur manière. Plusieurs essaient de la connaître en lui demandant de réciter des poésies. Ils se permettent aussi de l’évaluer. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’ils ne sont pas très bienveillants. Ils savent se montrer très durs envers la petite fille qui fait pourtant tout ce qu’elle peut pour bien faire.

Réciter ses leçons

Rappelons que nous sommes à l’époque victorienne. L’éducation des jeunes filles passe, entre autres choses, par l’apprentissage par cœur de poèmes didactiques. Alice a donc ce réflexe de réciter des poésies. C’est d’ailleurs la première chose qu’elle fait lorsqu’elle s’aperçoit qu’elle ne sait plus qui elle est. S’apercevant qu’elle récite un poème qu’elle ne connaît pas, sa confusion est extrême. Lorsqu’elle rencontre la Chenille, elle tente de lui faire part de ses inquiétudes. L’animal lui demande alors de réciter « Vous êtes vieux, Père Guillaume », une parodie d’un poème didactique. Le poème qu’elle récite se tient tout à fait, mais étant une parodie, on peut considérer que ce n’est pas le vrai poème. C’est sans doute ce que la chenille tente de faire comprendre à Alice, en lui disant que ce n’est pas du tout cela. Les approximations ou les arrangements avec la réalité se transforment, aux yeux de la Chenille, en une ignorance du début à la fin. Plus tard, le Griffon lui demande de réciter « C’est la voix du flemmard ». Alice se fait alors la remarque que toutes ces créatures aiment à lui faire réciter des leçons. Il est vrai que c’est un leitmotiv dans cette histoire. Elle dit même qu’elle se sent comme à l’école…Comment faut-il prendre cette remarque ? Se sent-elle comme à l’école parce qu’elle a le sentiment d’apprendre quelque chose ? Non sans doute. Ces créatures ne lui apprennent rien qui ressemble à un enseignement. Elles lui apprennent surtout à se remettre en question et à se rabaisser. Elles lui font remarquer qu’elle ne sait pas grand-chose, qu’elle devrait avoir honte de poser telle ou telle question, qu’elle est vraiment bête. Elles n’ont aucun scrupule à se moquer de la petite fille. Serait-ce pour cette raison qu’Alice se sentirait comme à l’école en leur présence ? Lewis Carroll voudrait-il pointer du doigt des méthodes d’enseignement humiliantes ? 

La chenille demande à Alice de lui réciter un poème. Elle se montre ensuite très dure envers la petite fille.

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