Une réponse sans question
Qui es-tu Alice ?
Il faut croire que le pays des merveilles a la mémoire des mots. Souvenez-vous. Alice avait demandé à pouvoir être comme un télescope. Lors de sa première transformation, grâce à la bouteille, elle avait bien obtenu la fonctionnalité qui l’intéressait. Elle avait rapetissé. Mais le phénomène ne s’arrête pas là. Sa deuxième transformation semble bien « filer la métaphore » ou plutôt filer la comparaison.
Un cou comme un télescope
Pour pouvoir enfin passer par la petite porte, Alice aurait bien besoin d’une aide salutaire. Un peu de changement ne lui ferait pas de mal. C’est alors qu’apparaît le gâteau, sur lequel est inscrit « Mange-moi ». Sans hésiter, elle commence à le manger puis finit par le dévorer entièrement. Son corps va alors être le théâtre d’une deuxième transformation. Cette fois-ci, il s’allonge et devient tellement grand que sa tête ne voit plus ses pieds. Impossible maintenant pour elle de changer de chaussures. Elle a un cou aussi long que celui d’une girafe. Pour autant, elle n’a pas perdu la tête et fait immédiatement le rapprochement avec le télescope. Elle se dit tout naturellement qu’elle est en train de s’allonger et fait explicitement la comparaison avec le plus grand télescope du monde. C’est l’inverse de la première transformation. Tout de suite, sans états d’âme, elle dit adieu à ses pieds qu’elle pense ne plus jamais revoir. Une fois de plus, elle vient d’obtenir ce qu’elle avait souhaité, mais sous une autre forme. On peut dire que son vœu a été exaucé une deuxième fois. Mais quel est le message ? Il faut peut-être chercher la réponse dans la polysémie des phrases. « Être comme un télescope » peut, au sens propre, avoir plusieurs significations. Ça peut vouloir dire rentrer en soi-même et devenir tout petit, mais ça peut aussi vouloir dire s’allonger pour devenir très grand. Aucune des deux propositions n’est plus vraie que l’autre. Dans sa très grande cohérence, le pays des merveilles n’oublie pas la polysémie.
