Rapetisser
Chiffres et nombres
Beaucoup de personnages se retrouvent en désaccord avec Alice. Ils lui disent qu’on ne peut pas dire ce qu’elle dit. Ils la contredisent et la rabaissent. Le plus difficile à supporter, c’est sans doute quand ils sont deux contre elle. Cela arrive au moins deux fois : une fois avec le Lièvre de Mars et le Chapelier et une fois avec le Griffon et la Tortue. Et devinez ce qui arrive quand ils sont deux : ils sont d’accord entre eux. Quelle ironie ! Deux en accord pour être en désaccord avec elle. C’est difficile comme situation !
Ils sont d’accord
Deux voix s’élèvent contre Alice. Vous avez compris. Il s’agit du Chapelier et du Lièvre de Mars. Avant qu’Alice ne s’assoie à leur table, ils lancent en cœur : « Pas de place ! Pas de place ! » Deux voix pour un seul et même discours ! Ces deux-là font la paire, ils se comprennent si bien ! L’un pose une devinette et l’autre essaie de savoir si Alice a la réponse. L’un fait une proposition contredite par Alice et l’autre renchérit sur la proposition. Leurs discours vont dans le même sens. Ils peuvent aussi dire exactement la même chose en employant des exemples différents. Souvenez-vous lorsqu’ils contredisent Alice qui croyait que dire une phrase et son contraire c’est pareil. Le Chapelier donne un exemple, le Lièvre en donne un autre et cette fois-ci, même le Loir s’y met. Contre Alice, ils sont toujours d’accord. Leurs seuls désaccords portent sur des questions qui ne concernent qu’eux. Et lorsqu’ils ne sont pas en désaccord avec Alice, ils peuvent l’être avec le Loir. Ils sont donc toujours d’accord sur une cible de désaccord. Alice les quitte d’ailleurs à la suite d’une remarque très désobligeante de la part du Chapelier. Plus tard, Alice rencontre le Griffon et la Tortue. La Tortue commence à raconter son histoire. Alice pose une question, parce qu’elle ne comprend pas pourquoi la Tortue nomme sa maîtresse la Tortue grecque. Cette question provoque la colère de la Tortue et l’indignation du Griffon. La Tortue poursuit, insinuant les pensées d’Alice à ce sujet. La petite fille se défend de penser cela. La Tortue se montre intraitable, lui signifiant avec la plus grande mauvaise foi que c’est bien ce qu’elle a dit. Le Griffon ordonne à Alice de se taire. Là encore, il se montre de très mauvaise foi, car Alice ne disait rien. Par deux fois, nos deux hurluberlus viennent de reprocher à Alice des paroles qu’elle n’a pas dites. Manifestement, le Griffon et la Tortue sont d’accord pour être en désaccord avec la petite fille. Et voyez comme ils sont cruels. Ils n’ont aucun égard envers elle, pas la moindre pensée de compassion. Leur mauvaise foi est abjecte. La petite fille a bien des difficultés à surmonter ! Mais est-ce que cela est toujours le cas ?
Harmonie
Griffon et Tortue savent aussi être en accord sans être en désaccord avec personne. Cela s’appelle être en harmonie. Le Griffon veut que l’on parle des jeux que l’on pratiquait à l’école au fond de la mer. En guise de jeu, il commence à expliquer à Alice le quadrille des homards, une danse. Mais il ne garde pas la parole bien longtemps. La Tortue s’invite dans l’explication. Lorsqu’il ne termine pas sa phrase, c’est elle qui le fait. Griffon et Tortue font l’explication à deux. Ils se passent la parole en se passant les phrases à commencer ou à terminer. Deux voix pour un même discours. Les deux se complètent très bien. L’entente est tellement bonne qu’il n’y a pas un seul accroc. Par contre, sur la fin, leur discours s’emballe un peu. L’un crie, l’autre hurle, le premier vocifère et le deuxième braille. Il y a une surenchère au niveau de la mise en voix. Puis tout d’un coup, la Simili-Tortue baisse la voix, c’est terminé. Alice vient d’assister à un concert de paroles. Ces deux-là sont en harmonie. Leurs deux voix se sont accordées pour créer la plus belle explication qui soit pour Alice. Il n’y a pas eu la moindre anicroche. Cette fois-ci, Alice peut être contente. Les choses se sont bien passées.
