Alice, Duchesse

La mécanique

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Certains personnages ont des mécaniques de comportement. Le Lapin, par exemple, est toujours en retard, toujours en train d’exprimer son désarroi. Ses phrases sont exclamatives, incantatoires, comme un appel vers le but qu’il se fixe : « Oh ! La Duchesse ! La Duchesse ! Par ma barbe et par mes moustaches, je vais être en retard. » Dès qu’on le voit arriver, on peut savoir quelle thématique va être abordée. 

Inlassable

Le Lapin a aussi un autre réflexe machinal. Quand il voit Alice, il la prend pour sa servante et lui intime l’ordre d’aller chercher ses gants et son éventail. Il ne prend même pas le temps de regarder à qui il a à faire. Il donne ses ordres et ceux-ci doivent être exécutés. De toute façon, il prend tous les autres animaux autour de lui pour ses serviteurs. Il n’y a qu’à voir ce qu’il demande à Bill. La Reine est réglée sur une autre mécanique. Inlassablement, elle prononce la même sentence de mort : « Qu’on lui tranche la tête ! » Quand elle rencontre un problème, c’est la seule chose qu’elle sait dire. C’est une mécanique langagière qui, il va sans dire, ne la rend pas très humaine. Elle ne fait preuve d’aucune inventivité. Affligeant de sa part d’avoir toujours recours à cette horrible phrase, quel que soit le problème. Les mécaniques de comportement, ce sont aussi les mécaniques de transformation d’Alice. Son cou fait comme le télescope. Il s’allonge de manière gigantesque et peut aussi être réduit à presque rien. La tortue, quant à elle, est dans un autre réflexe. Elle pleure inlassablement sur son propre sort. Elle a l’habitude de raconter son histoire, mais on s’aperçoit qu’elle ne la raconte pas vraiment parce qu’il faut qu’elle pleure. Ses larmes en disent long il est vrai et elles constituent sans doute le plus fort du récit. Reconnaissons qu’elles remplacent bien des paroles. Alice se demande tout de même si elle va pouvoir commencer à raconter. Elle attend classiquement un récit en paroles. Enfin, n’oublions pas la cuisinière. Elle aussi a des gestes mécaniques. Sa poivrière en main, c’est comme si elle était armée de son arme la plus fidèle. Elle la garde, même lorsque la pièce est entièrement remplie de poivre et que l’air est devenu irrespirable. On se demande si elle ne confond pas aliment et condiment. Elle ne semble pas incommodée par l’atmosphère autour d’elle, mais son comportement traduit quand même un profond dérangement. Elle lance la vaisselle à la tête de la Duchesse. Avant cela, c’est la grenouille dehors qui avait reçu une assiette en pleine tête. La cuisinière est dans une mécanique qui consiste à jeter sans faire attention à ce qui est jeté. Elle jette du poivre sans s’arrêter et sans voir l’effet produit autour d’elle. Elle jette des ustensiles de cuisine sans même regarder dans quelle direction ils sont projetés. Ce comportement qui consiste à tout jeter aveuglément dans tous les sens crée forcément du dérangement… Ou peut-être pas bizarrement. Pas étonnant que la Duchesse, à son tour, lance le bébé sans même regarder où il atterrit. Elles sont vraiment dérangées ces deux-là ! Tout jeter ainsi, les objets comme les bébés, ce n’est pas humain. On dirait des machines. 

Les fabuleuses mécaniques du pays des merveilles.

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