Les questions sans réponse
Difficultés géométriques
Condamner, c’est facile. Au pays des merveilles, rien de plus simple. Regardez la Reine, c’est avec une facilité déconcertante qu’elle condamne ses sujets à avoir la tête coupée. Il faut dire qu’elle a l’habitude, il s’agit de son activité de prédilection. Ça ne lui demande aucun effort. Elle répète une phrase apprise par cœur, toujours la même et le tour est joué ! Les motifs de ses condamnations sont toujours très futiles : un mot de travers, une absence de réponse, un refus. Elle condamne pour un rien, sans raison véritable, de manière complètement arbitraire et injuste. Alors quand arrive la fin des aventures d’Alice et qu’on voit apparaître un procès, on peut se dire que les choses ont bien évolué en matière de justice.
Jugés au procès
Le Griffon entraîne Alice pour aller assister au procès du Valet de cœur. On apprend vite, grâce au Lapin, que le pauvre valet est accusé d’avoir volé les tartes faites par la Reine. Ce sont les vers d’un poème qui l’expliquent. Les vers sont clairs, le message transmis est limpide. De ces quelques mots, il n’y a aucune raison de douter. On ne sait pas si ces vers parlent précisément de ce valet, on ne sait pas s’ils parlent précisément de ces tartes. Il y a de fortes chances que non dans les deux cas, mais peu importe. Il est facile d’y croire alors pourquoi ne pas se laisser aller à la facilité ? Et puis même si les vers ne parlent pas de la situation présente, qu’est-ce que ça peut faire ? Quelques mots suffisent pour accuser quelqu’un, c’est l’essentiel. Au pays des merveilles, il est très important d’avoir un coupable et un condamné. Le roi y croit. Il est habitué à une justice expéditive, il demande un jugement immédiat. Si le Lapin n’était pas intervenu, le valet serait déjà condamné. Le lapin tempère un peu les choses et oblige à faire venir des témoins en chair et en os. Le premier témoin est le Chapelier fou, le Mad Hatter. À peine a-t-il exprimé quelques mots qu’il se voit, lui aussi, accusé. Le roi lui a demandé d’enlever son chapeau et le chapelier a expliqué que ce n’était pas le sien puisqu’il les vend. La sentence ne se fait pas attendre, on l’accuse d’être un voleur. Même accusation qu’à l’encontre du valet. Les choses se gâtent. Le chapelier n’arrive pas à s’exprimer ni à répondre aux questions qui lui sont posées. Pour comble de malheur, la reine cherche par tous les moyens à savoir s’il fait partie de la liste des chanteurs du dernier concert. Cette recherche fait manifestement remonter chez lui des souvenirs extrêmement pénibles. Souvenez-vous que tous ses malheurs ont commencé lors d’un concert où il était chanteur. La reine l’avait accusé de vouloir tuer le temps. On lui demande finalement de sortir de la salle et la Reine saute sur l’occasion pour ordonner son exécution. Vous voyez comme les accusations vont bon train et comme les condamnations vont au même rythme !! Un simple témoin se retrouve accusé et condamné en moins de temps qu’il ne faut pour passer la porte. Ce procès est inique, un théâtre propice à ordonner des condamnations. Et il faut que cela tombe sur ce pauvre chapelier, déjà condamné à rester à l’heure du thé depuis qu’il s’est fâché avec le Temps ! Au pays des merveilles, il n’y a pas de justice. Quel que soit le contexte, la reine a le dernier mot, toujours le même. On aurait pu se douter que les choses allaient tourner ainsi. Au début de l’histoire, la souris avait aussi évoqué un procès inique. Il s’agissait d’un roquet qui parlait à une souris et lui expliquait qu’il allait lui faire un procès. Il serait juge et juré à la fois et il la condamnerait à mort. Un procès dont on connaît l’issue avant qu’il ne commence… Une mascarade de justice. Voilà malheureusement la sorte de justice qui a cours au pays des merveilles. Du début à la fin, ce pays ne change guère. La seule surprise, si l’on peut appeler cela ainsi, ce sont les dernières variations de la Reine. Lorsqu’elle entend le Loir faire une réflexion, elle ordonne qu’on le prenne au collet, qu’on l’expulse, qu’on l’étouffe, qu’on le pince, qu’on lui coupe les moustaches ! Ça change !
