Psycho avec Alice

Trop d’imagination

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Alice au pays des merveilles réussit à sécher net notre propre imagination. Tous les personnages rencontrés par Alice sont « inimaginables » et pourtant, ils ont été imaginés. Quel est ce paradoxe propre à l’œuvre de Lewis Carroll ? Toutes ces images sont trop folles, on ne les comprend pas. Comment les décrypter ? Elles ont peut-être un sens, mais où se cache-t-il ? Quelle est la cohérence ?

La puissance du rêve, la faiblesse de l’imagination

Notre imagination a du mal à suivre l’histoire d’Alice au pays des merveilles. Et pourtant, Alice est bien le fruit de l’imagination. C’est là tout le paradoxe. Qu’est-ce qui peut à ce point dépasser notre pouvoir imaginatif ? Y a-t-il une instance plus haute ou plus puissante que l’imagination elle-même ? Assurément non. La solution à tout cela réside peut-être dans une analyse plus fine de l’imagination elle-même. Rappelons que l’histoire d’Alice est comme une plongée dans un rêve. On se retrouve pour ainsi dire dans l’imagination débridée de nos rêves nocturnes les plus fous. Cette imagination est celle de notre inconscient qui range et dérange à sa guise toutes les informations accumulées consciemment dans la journée. Peut-on la comparer avec notre pouvoir d’imagination conscient ? Pas tout à fait. Consciemment, nous sommes capables d’imaginer tout un tas de choses, mais tout cela reste cadré par notre raison, par nos croyances, par les interdits et les tabous qui nous gouvernent. Mais la nuit, dans les rêves de notre sommeil, l’imagination n’a que faire de toutes ces contraintes. Elle fait absolument tout ce qu’elle veut, au mépris des interdits ou des limites de la conscience. Il semblerait que ce soit elle, cette imagination sans limites et capable de tout, qui soit à l’œuvre pour créer l’histoire d’Alice. De quoi est-elle capable d’ailleurs ? Elle est capable de toutes les métaphores et métonymies possibles. À vrai dire, elle est capable de toutes les figures de style. La Reine de cœur, reine sans cœur, est un oxymore. Le flacon est la métonymie du liquide qui est lui-même la métaphore de la solution. La clé est une image polysémique, elle ouvre une porte et elle ouvre sur une perspective. Les portes, le thé chez les fous sont des images paradoxales. Les animaux ont des facultés et en même temps on les prend pour des objets. Le Lapin est une métaphore de la course du temps. Toutes ces images et tous ces personnages sont des condensations ou des déplacements d’idées. En un mot, ils sont le fruit du pouvoir infini des rêves.  

Alice au pays des merveilles, l’imaginaire coule à flots.

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