Le pays des merveilles est cohérent
Rapetisser puis grandir, tout un apprentissage
Alice arrive alors que la table est mise et prête à accueillir de nombreux convives. Pourtant, les hôtes ne se montrent pas très amicaux. Ils ne l’invitent pas à s’asseoir et lui proposent un verre de vin alors qu’il n’y en a pas ! Alice est outrée ! Ils osent même lui dire qu’il n’y a pas de place alors qu’à l’évidence c’est tout l’inverse. Des tasses à thé sont prêtes tout autour de la table comme si les hôtes étaient disposés à partager leur table. Et pourtant, il n’en est rien. C’est vraiment bizarre.
Serrons-nous, nous avons de la place
Le Lièvre de Mars et le Chapelier se sont installés l’un contre l’autre dans un coin de la table. Entre eux, il y a un Loir assoupi qui leur sert d’accoudoir. Quel paresseux celui-là ! On peut vraiment dire qu’il « dort comme un loir ». Et pourtant, la table est grande ! Ces trois-là pourraient prendre leurs aises. Mais cela n’a pas l’air de leur venir à l’idée. Pourquoi cette mise en scène ? Sommes-nous, une fois de plus, victimes des apparences ? Tout finit par s’expliquer. C’est parce que le Temps s’est arrêté depuis qu’ils se sont querellés avec lui. L’année dernière en Mars, le Chapelier était en train de chanter et la Reine l’a accusé de vouloir tuer le Temps. Depuis, le Chapelier et le Temps se sont fâchés. Et le Temps s’est arrêté. Maintenant, il est perpétuellement six heures, l’heure du thé. Alors, la montre du Chapelier n’indique plus l’heure, mais uniquement le jour. S’ils se serrent autant, c’est parce qu’ils n’ont pas le temps de faire la vaisselle. Ils doivent toujours être à l’heure pour le thé. C’est toute une organisation ! Alors, ils font le tour de la table. Et ils sont bien dans l’embarras pour expliquer comment ils font pour faire la vaisselle parce que ce temps-là, ils ne l’ont pas. On comprend qu’avec une organisation aussi serrée, il n’y a pas de place pour la nouveauté ni pour l’imprévu. Alice arrive comme un cheveu sur la soupe. Ça ne les arrange pas du tout.
