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De l’or

La ruche, les abeilles, le miel. Ils brillent par leur absence, pour être toujours uniquement suggérés. Commençons par parler des abeilles. Alice vient de tomber dans le terrier du Lapin et se pose beaucoup de questions relatives à son identité. Qui est-elle devenue ? Est-elle vraiment toujours la même ? Elle vérifie ses connaissances et se dit qu’elle va réciter  » How doth the little –« . Le titre est tronqué dans sa bouche. La fin « busy bee », l’abeille industrieuse, l’abeille affairée, est passée sous silence. S’agit-il d’un oubli ? Pourquoi le poème de Isaac Watts, auteur connu et apprécié à l’époque victorienne, est-il ainsi modifié dans sa bouche alors qu’elle se demande si elle est toujours la même qu’une heure auparavant ? Une fois de plus, la réponse est là, en creux, sous nos yeux.

Le crocodile

Alice ne prononce pas la fin de ce poème pour en prononcer une autre. Le poème qu’elle devait réciter s’appelle « How doth the little busy bee « . C’est un poème à la morale chrétienne, qui vante le travail et refuse l’oisiveté. Dans celui-ci, le protagoniste espère être aussi industrieux que l’abeille qui s’affaire dans la ruche et déclare qu’il ne faut perdre aucun temps pour bien faire. Or, Lewis Carroll fait réciter à Alice une parodie, un pastiche de ce poème. Il s’agit de l’histoire d’un crocodile à la queue recouverte d’écailles d’or et qui verse sur elle de l’eau du Nil. L’eau du Nil, c’était l’or bleu du Nil, mais c’est aussi une eau qui permettait de laver de la boue qui le recouvrait l’or trouvé sur les bords du fleuve égyptien. Mais une queue aux écailles d’or, ce n’est pas de l’or qui a été trouvé, c’est de l’or « naturel », acquis de manière innée. La queue de ce crocodile est à elle seule un objet précieux que l’animal n’a de cesse de laver et de faire briller. Qui peut se targuer d’un tel trésor ? Personne ! Ce poème est un peu un pied de nez au sourire du chat du Cheshire. Il magnifie la queue d’un animal, la présentant comme la partie de son corps la plus précieuse. Et contrairement à l’abeille industrieuse qui travaille toute sa vie, le crocodile est naturellement riche de lui-même. Cela ne peut que nous faire penser à la petite chauve-souris qui doit briller dans la nuit dans la chanson du Chapelier fou.

Un crocodile à la queue d’or.

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