La langue française
Guillaume le Conquérant
Dans l’école sous la mer, la Tortue dit avoir reçu une excellente éducation puisqu’elle avait cours tous les jours. Elle dit aussi que, dans cette école, on pouvait apprendre le français et la musique, en option. Mais, pour cela, il fallait payer un supplément qui se trouvait en bas de la facture. On apprend qu’Alice, dans son école, bénéficiait des mêmes prestations, puisque français et musique y étaient aussi des options. Or, on se souvient qu’Alice avait essayé d’entamer la conversation avec la souris en lui parlant français. Elle avait utilisé la phrase » Où est ma chatte ? » qui était la première phrase de son manuel de français. Alice a donc appris le français à l’école.
Un extra
Alice a appris le français à l’école, mais il s’agissait d’une option. Le mot anglais pour dire cela est « extra ». De toute évidence, ses parents ont payé les cours de français en supplément et l’histoire nous dit que les Britanniques, à l’époque victorienne, pouvaient les régler en guinées. Cela vient du fait que le français, depuis Guillaume le Conquérant, était la langue de la royauté et des seigneurs. C’était également la langue de l’administration, mais toujours réservée à une élite. Depuis le 16e siècle, le français est considéré en Angleterre comme une langue étrangère, mais il n’en reste pas moins qu’il est toujours associé à l’idée de pouvoir et de classe sociale privilégiée. Alice est donc sans doute une enfant appartenant à une certaine bourgeoisie qui considérait l’apprentissage du français pour les filles comme un « accomplissement ». La Tortue, pour sa part, avoue qu’elle n’a bénéficié que des cours de base qui se résument à la lecture, l’écriture et l’arithmétique, cours qui pouvaient, dans certaines écoles, s’avérer eux aussi payants. Mais revenons à la situation d’Alice. Lorsque, de l’autre côté du miroir, la Reine rouge lui donne le conseil de dire en français ce qu’elle ne sait pas dire, elle l’incite bien sûr à utiliser toutes les connaissances qu’elle a pu apprendre et qui font d’elle une future Reine. Dans la tradition anglaise, encore à cette époque, savoir parler français est l’une des vertus de la royauté.
