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Tuer le temps

La Reine de Coeur accuse le Chapelier de « tuer le temps ». Le Temps se détourne alors du Chapelier qui se retrouve irrémédiablement attablé à la table du thé. Le moment est mythique, car le temps ne s’écoule plus. Cette situation est-elle vraiment une chute ? N’est-ce pas plutôt un accomplissement ? L’accusation formulée par la Reine est-elle aussi grave qu’on l’imagine ? Peut-être pas.

In illo tempore

Le Chapelier chantait. S’adonnait-il à une distraction ? Faisait-il cela par obligation ? Dans les sociétés modernes, les distractions sont des manières de « tuer le temps ». Elles permettent de lui échapper. Dans les sociétés archaïques, c’étaient les obligations qui permettaient à tout un chacun de tuer le temps. Grâce à elles, l’Homme ne se sentait plus prisonnier dans le temps. En substance, la Reine n’a donc pas tort. Lorsque le Chapelier chante, que ce soit pour se distraire ou par obligation, il est bel et bien en train de « tuer le temps ». Or, « tuer le temps » a de tout temps permis de sortir du temps et de revivre des moments primordiaux et mythiques. Ce n’est donc pas un hasard si le Chapelier se retrouve exclu hors du temps. L’accusation de la Reine explicite tout simplement ce qui se passe : le Chapelier a « tué le temps », par voie de conséquence il est hors du temps et il vit un moment mythique. Tout n’est que logique finalement ! Le Chapelier ne rechigne pas à expliquer tout cela à Alice. Il reprend devant elle la chanson qui l’a apparemment perdu, ce qui prouve qu’il n’est pas vraiment traumatisé.

Le Chapelier chante à nouveau le chant qui l’a perdu ou, si on veut voir les choses autrement, celui qui lui a permis de vivre cet instant merveilleux.
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