Autre côté du miroir, Fleurs

Difficiles à faire parler

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Dans le jardin, les fleurs peuvent parler. Quand elles s’y mettent, elles le font même avec beaucoup d’aisance. C’est une des nouvelles réalités de de l’autre côté du miroir. Mais peu le savent. Alice l’ignorait aussi jusqu’au moment où… elle émet un vœu. On ne parlera pas de hasard, car on sait que les choses arrivent toujours juste après qu’Alice les ait souhaitées. La fleur qu’elle a sous les yeux lui répond immédiatement en lui expliquant qu’à certaines conditions, elle peut parler. 

Expertes en paroles

C’est une révélation. Les fleurs peuvent parler et même bien mieux qu’Alice ! Mais pour qu’elles parlent, il faut que plusieurs conditions soient réunies. Sinon, elles gardent la plus grande discrétion. Alice apprend par le lys tigré que l’interlocuteur doit en valoir la peine. On comprend donc que les fleurs ne parlent que dans le cadre d’un dialogue et qu’elles considèrent Alice comme un interlocuteur valable. La rose lui explique également qu’elles attendent toujours que quelqu’un leur parle. Elles ne seront jamais à l’initiative d’une discussion, c’est une question de courtoisie. C’est sans doute la raison pour laquelle personne ne sait qu’elles parlent. Qui aurait l’idée d’entamer une discussion avec une fleur ? Une fleur c’est là pour faire joli, mais à priori, ce n’est pas là pour discuter. Les fleurs ont donc des compétences bien cachées et il s’en est fallu de peu pour qu’Alice s’en aperçoive. S’adresser à une fleur, ce n’était pas si évident ! Mais quelle bonne idée finalement ! Elles sont vivantes elles aussi et comme n’importe quel être vivant, elles ont besoin de s’exprimer. L’illustrateur leur a dessiné un visage humain, nouvelle manière d’humaniser un végétal. Par contre, il ne leur a pas dessiné de bras ou de main. Pour les faire parler, il leur fallait un visage, pas des mains. Ce composé de végétal et d’humain annonce déjà un peu le Jabberwocky, vous ne trouvez pas ? En tout cas, les fleurs sont soulagées d’être sorties du silence. On apprend que la rose n’attendait que ça, c’est comme une délivrance. Elle avait observé Alice et avait remarqué que la petite fille avait l’air sensée. Elle s’était dit qu’elle allait sans doute leur parler. Elles peuvent donc remercier Alice. Difficiles à faire parler, elles sont également difficiles à arrêter. On le voit avec les pâquerettes. Le lys tigré tente de les faire taire, mais c’est Alice qui devra user de la plus grande menace pour obtenir le silence. Elle leur dit que si elles n’arrêtent pas, elle va les cueillir. L’effet est immédiat. Les pâquerettes perdent aussitôt toute envie de s’exprimer, ça leur a cloué le bec. Les écouter est toutefois très instructif. Elles disent des choses un peu étranges à Alice, qu’elle est de la bonne couleur par exemple. Qu’est-ce que ça veut dire ? C’est une remarque de fleur en fait. Ça veut dire qu’elle a la bonne couleur d’une fleur… Lewis Carroll ne ferait-il pas des allusions à son premier livre ? Souvenez-vous, les roses de la Reine n’avaient pas la bonne couleur, il avait fallu les peindre. On a donc là un petit jeu larvé, un rappel indirect des premières aventures d’Alice. Quand on se souvient de la scène, on comprend qu’Alice peut se sentir rassurée. Le lys regrette la mauvaise tenue de ses cheveux, les comparant sans le dire à des pétales. Il voit Alice comme une fleur fanée. Il ne repère pas la jeunesse en elle. À chacun son filtre. La licorne voit Alice comme un monstre fabuleux, les fleurs voient Alice comme une fleur. Alice, de son côté, les voit à travers son filtre d’être humain. Elle leur demande si elles vont rester plantées là, remarque que l’on pourrait vraiment prendre pour une boutade. Il est évident qu’elles vont rester là, c’est le propre de la fleur. Elles, de leur côté, se demandent bien comment elle fait pour se déplacer. Elles ont identifié Alice et la reine rouge comme deux fleurs qui se déplacent, sans pouvoir se dire que ce ne sont pas des fleurs. Elles assimilent donc tout ce qui parle à ce qu’elles sont et n’excluent personne. Ces fleurs aiment vivre en groupes et supportent tant bien que mal les défauts des uns et des autres. Alice va pourtant préférer aller avec la reine rouge, qu’elle juge plus intéressante. Nous verrons ce qu’il en est. 

Les fleurs parlent beaucoup, elles sont bien vivantes.

Flowers love to talk. But you have to speak to them first. Fortunately, Alice had this idea.

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