Ce qu'elle y trouva
Jardin ou désert ?
« Pour gagner du temps, faites la révérence ! » C’est incroyable comme conseil ! Et pourtant, c’est ce que la Reine rouge dit à Alice. La petite fille se dit qu’elle essaiera lorsqu’elle sera rentrée chez elle. Si seulement ça pouvait marcher lorsqu’elle est en retard à table… Pour l’instant, elle garde ce conseil de la Reine dans un coin de sa tête. Parce que ce n’est pas tout, la Reine rouge n’a pas que des conseils à donner. Vous allez voir qu’elle sait surtout se montrer extrêmement contrariante.
Tout est relatif
La Reine rouge veut savoir ce qu’Alice fait ici. D’où elle vient et où elle veut aller. Ce dialogue fait un peu penser à celui qu’Alice avait eu avec le Chat du Cheshire. Alice répond très honnêtement qu’elle a perdu son chemin. C’est la plus stricte vérité. Elle a emprunté un chemin qui ne l’a jamais mené là où elle voulait aller, donc il est vrai que notre fleur des champs ne sait plus vraiment où elle en est. La Reine ne l’entend pas de cette oreille et voit dans les paroles d’Alice une fausseté. La petite fille ne peut pas parler de son chemin comme si c’était une chose qui lui appartenait puisque tous les chemins de la contrée lui appartiennent à elle, la Reine rouge. Soit, si c’est ainsi que la Reine voit les choses, il n’y a rien à rétorquer. Alice explique ensuite qu’elle souhaitait aller au jardin. La Reine rouge voit bien de quoi elle veut parler et se permet de nuancer ce mot. Selon elle, en comparaison avec d’autres jardins, celui dont parle Alice s’apparenterait plutôt à un désert. Alors désert ou jardin ? On ne sait pas trop, car on ne l’a jamais vu. Alice elle-même ne l’a encore pas vu, donc comment trancher ? Alice continue en disant qu’elle souhaitait aller en haut de la colline pour pouvoir le voir. Et là, devinez ce qui se passe. La Reine contredit Alice. C’est étonnant, n’est-ce pas ? Non, en fait, pas vraiment. C’est même plutôt un peu lassant à la fin, comme si Alice se trompait tout le temps dans ses propos. Ces gens de l’autre côté du miroir ne sont pas mieux que ceux du pays des merveilles, ils savent se montrer extrêmement désobligeants. Et le plus fort c’est que la Reine ose dire que cette colline, en comparaison avec d’autres, ressemblerait plutôt à une vallée. Là, c’en est trop ! Alice sort quelque peu de ses gonds et se permet de dire qu’on ne peut pas dire d’une colline que c’est une vallée. C’est logiquement impossible puisque ce sont deux choses inverses. Pour elle, il s’agit d’un non-sens. Mais la Reine tient bon et continue sur sa lancée. Si Alice veut y voir un non-sens, très bien ! Mais à son avis, en comparaison avec d’autres non-sens, c’est quelque chose de très sensé. On a compris. La Reine a toujours raison et saura toujours tout relativiser. À quoi bon se battre ? Cette Reine aime nuancer les propos. Que l’on soit d’accord ou non avec elle, il faut reconnaître qu’elle maîtrise parfaitement bien l’art de la relativisation. Maintenant, posons-nous la question : dans quel but fait-elle cela ? Est-ce pour être contrariante ou bien est-ce par souci de justesse ?
