Liberté, Philo avec Alice

Philo : Nécessité et liberté

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Nécessité et liberté sont des termes antagonistes. La nécessité relève de l’obligation ou encore de l’inévitable. La liberté fait référence au libre arbitre, au choix. Ce qui se fait par choix n’est pas soumis à une obligation. Avoir son libre arbitre, c’est échapper à ce qui est imposé et inévitable. Avoir la liberté c’est pouvoir agir sans être soumis à aucune nécessité. Être soumis à la nécessité c’est, à contrario, manquer de latitude, manquer de liberté.

Être libre c’est échapper à la nécessité

Un être dit libre échappe à la nécessité sociale. C’est le cas du laquais-grenouille dans Alice au pays des merveilles. Ce laquais a une charge. Il doit ouvrir et fermer la porte d’entrée et réceptionner les missives. Il doit aussi redire à l’inverse le message délivré par l’autre laquais, comme en écho. Il a très peu de marge de manœuvre. On voit qu’il ne peut même pas inventer ce qu’il dit. Il peut tout au plus changer l’ordre des morceaux de phrases. En tant que serviteur, il n’a pas à contester ou à enfreindre ses obligations. Il doit faire ce qui lui est demandé. Or il se trouve qu’il choisit de quitter son poste sous nos yeux. Il décide de rester à l’extérieur de la maison, assis sur le pas de la porte. Métaphoriquement, l’extérieur fait référence à la liberté. Dans cette posture, il se décharge de toute obligation. Il s’octroie le droit de ne rien faire. Il peut maintenant rêver, bayer aux corneilles. C’est du jamais vu pour un serviteur qui, de par son rang, n’est normalement pas en mesure de décider quoi que ce soit. En se délestant de sa charge, en échappant au travail, il gagne sa liberté et fait fi de la nécessité.

La liberté pose la question de la nécessité

Toute personne qui incarne une posture de liberté peut se permettre de se poser la question de la nécessité sociale. En effet, les personnes libres ont du recul pour penser. C’est le cas de la grenouille. Alice veut entrer dans la maison malgré le bruit et malgré les assiettes qui volent jusqu’à l’extérieur. Elle a décidé cela dès qu’elle a aperçu la maison. Elle a mangé du champignon pour être à la bonne taille, elle ne compte pas renoncer maintenant. Sa décision est prise et il n’y a pas à y revenir. Elle veut entrer dans cette maison. La grenouille, qui connait la situation de l’intérieur (c’est le cas de le dire), ose émettre un doute. Elle se demande s’il est vraiment nécessaire qu’Alice entre dans cette maison. Autrement dit, Alice pourrait aussi choisir de ne pas entrer. Alice trouve cette réflexion parfaitement hors de propos. Mais toute personne qui connait l’histoire sait que la question de la grenouille est tout à fait fondée. Vu ce qui se passe à l’intérieur, il n’est sans doute pas judicieux d’entrer. Et au-delà de cela, rien n’oblige réellement Alice à entrer, si ce n’est son désir. Donc, à proprement parler, il n’est pas nécessaire qu’elle entre. Rien ne l’y oblige, à part elle-même. Malgré tout, elle considère le fait d’entrer comme un besoin impérieux.  

Quelle instance préside à la nécessité ?

Il y a des nécessités sociales. Le laquais, en tant que serviteur, est nécessairement au service de la Duchesse. Il doit faire ce qu’elle lui demande, car sa classe sociale l’y oblige. Ce genre de nécessité est considérée par l’ensemble des gens comme un fait inéluctable et fondamental. Ce qui est nécessaire doit être comme cela et ne peut pas être autrement. Il ne viendrait l’idée à personne de remettre en question ce qui est à ce point nécessaire. Seul un esprit libre, comme la grenouille, peut prendre de la hauteur par rapport à ces nécessités et les remettre en question. La grenouille regarde haut dans le ciel, signe qu’elle élève le questionnement et qu’elle ne reste pas accrochée aux basses considérations de la vie. Donc ce qui préside aux nécessités sociales c’est l’esprit humain qui accepte ces nécessités sans les remettre en question. L’esprit libre émet toujours l’hypothèse que ce qui est ou sera pourrait être autrement.

Nécessité et liberté sont deux notions antagonistes. La grenouille les incarne toutes les deux.
Liberté et nécessité, la grenouille incarne ces deux notions.

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