Imagination, Philo avec Alice

Philo : L’imagination et la folie

By

L’imagination et la folie sont difficiles à dissocier, car la folie puise la quasi-intégralité de sa substance dans l’imagination. On peut définir la folie comme un état dans lequel l’imagination est poussée à son paroxysme. Lorsque c’est le cas, l’imagination a pris le pouvoir sur les autres ressources de l’esprit humain, la raison, le jugement, la capacité critique.

L’imagination normale

Une imagination saine et sans histoire ne déborde pas. C’est ce que l’on peut appeler une imagination raisonnable ou raisonnée. Pour mieux comprendre, on peut faire la comparaison avec le lit d’une rivière. Tant que la rivière reste dans son lit, il n’y a rien à signaler. C’est le cas d’un imaginaire normal qui n’empiète pas sur les autres facultés de l’esprit. Dans la conception classique, on considère qu’il doit être sous la coupe de la raison. La raison maîtrise les élans de l’imagination. Tout va bien. L’imaginaire est tout à fait accepté parce qu’on n’entend pas trop parler de lui, parce qu’il ne prend pas trop de place. 

L’imagination est une créatrice

Une imagination bien cadrée est reconnue comme telle par les autres facultés de l’esprit. Cela veut dire que cette créatrice d’images non réelles et non puisées dans l’expérience immédiate est parfaitement identifiée : c’est une créatrice et non pas une réceptionniste, à la différence des cinq sens. Les autres facultés savent lui reconnaître sa spécificité et savent lui attribuer ses productions. Celles-ci sont différentes de la perception normale de la réalité, mais ça ne pose aucun problème puisque c’est son fonctionnement normal.  

Le danger de l’imagination

L’imagination devient « dangereuse » à partir du moment où elle n’est plus identifiée comme telle. Lorsqu’il n’est plus possible de la repérer comme créatrice d’images non réelles, alors ses productions peuvent être confondues avec le réel. Lorsque cette confusion intervient, on entre dans la folie. La raison a abdiqué. À ce moment-là, l’imagination règne en maître sur l’esprit humain. Elle a pris le pas sur les catégories du réel et on assiste à une « coupure d’avec le monde » dit réel.

L’imaginaire dans Alice

Dans Alice au pays des merveilles, on trouve de multiples exemples d’images sorties tout droit de l’imaginaire. Les animaux ont des caractéristiques humaines : le Dodo a des mains et une canne, le Lapin est habillé et utilise une montre, la souris connaît l’Histoire. Le bébé devient cochon. Les êtres humains peuvent être confondus avec des objets : la tête du Chapelier fait présentoir, la tête de la Duchesse est comme une table. Il y a des glissements entre les catégories. Normalement, pour l’entendement, ces catégories sont exclusives les unes des autres. Un animal n’est pas un être humain, un être humain n’est pas un animal. De même, un être humain n’est pas un objet, et inversement. C’est donc l’imagination qui est ici à l’œuvre et qui fait comme si ces différentes catégories pouvaient se confondre ou aller de pair. On peut dire qu’on est dans un « monde de folie », car les transgressions de catégories deviennent une règle et sont considérées comme normales. L’imagination fait ce qu’elle veut sans respecter les interdits de l’entendement. 

L'imagination débridée devient folie
La folie prend sa source dans l’imagination.

En savoir plus sur Derrière le voile de l'illusion

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture